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Au cours du Moyen-Âge, malgré les conditions économiques et démographiques difficiles, les enfants sont désirés et attendus, comme le montre la peur de la stérilité, les rites fécondants et la grande protection de l'enfant in utero ou celle de la femme enceinte.

Après avoir pensé, à la suite des travaux de Philippe Ariès (L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, 1960), que l'on accordait pas d'intêret à l'enfance, que les enfants naissaient et mouraient dans l'indifférence générale ou qu'il fallait attendre qu'ils soient suffisamment âgés pour être aimés, on sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. Malgré un contexte difficile (très forte natalité et mortalité infantile, moyens contraceptifs peu efficaces, actes sexuels selon le discours de l'Eglise uniquement légitimés par la procréation), les hommes et les femmes n'ont pas attendu que les gros risques de mortalité infantile se soient éteints pour continuer à mettre au monde des enfants.

D'abord, les parents désirent procréer, car par cet acte ils assurent la survie d'une lignée et participent au cycle continu des générations. Philippe de Novare, dans un ouvrage intitulé Les Quatre Âges de l'Homme, daté de 1260, explique : " [...] par les héritiers qui porteront le nom du père, la mémoire de ce dernier et de ses aïeux se perpétue plus longtemps ici-bas." Cette volonté est d'autant plus fortes dans les familles aristocratiques et princières où la part d'héritage à transmettre est importante. Quand un enfant meurt, surtout s'il est fils unique, c'est une branche entière qui tombe, une lignée qui risque de s'éteindre.

Mais les techniques médicales sont à cette époque quasiment inexistantes. Le manque d'hygiène et l'ignorance sur l'obstétrique sont les causes d'un très fort taux de mortalité, que cela soit pour la mère ou pour l'enfant. En effet, en l'absence de connaissances scientifiques sur l'accouchement, il se déroulait principalement en fonction de superstitions, entre autre religieuses, car la religiuon avait une place très importante au Moyen-Âge. Ces croyances avaient certainement pour but de rassurer la femme accouchée, et combler ainsi le manque d'information obstétricale sur l'accouchement.

Au Moyen-Âge, la naissance est d'abord une histoire de femmes. Dans les images des derniers siècles médiévaux, nombreuses à représenter la scène de la Nativité, il est exceptionnel de voir un homme. Dans les faits, les accoucheuses (ou matrones, ou basle) étaient simplement des femmes qui avaient survécu à de nombreux accouchements, et qui tiraient leur science de l’expérience transmise oralement. Souvent, elles n’avaient pas de connaissance d’anatomie.

A la campagne, on accouche dans la ferme. On délie tous les nœuds de la maison, et même, dans l'étable, les vaches sont détachées, pour éviter que le cordon ombilical ne s'enroule autour du cou du bébé. Chez les gens modestes, la mère de la parturiente, les voisines et une à deux matrones (les sages-femmes de l'époque) assistent à la venue de l'enfant. Le mari assistait très occasionellement à l'accouchement ; en cas de complication, on pouvait avoir besoin de lui et de son expérience lors du velage de ses vaches.

Au château, des tapis et des tentures sont spécialement disposés dans la chambre. La mère, plusieurs matrones, des femmes domestiques, des cousines et des tantes viennent assister et soutenir la femme qui accouche. Un médecin est dans les parages, en cas de complications. Malheureusement, quand on a affaire à lui, c'est généralement pour constater un décès.

 

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 Chambre d'une accouchée après l'arivée du bébé

En ville, les femmes très pauvres accouchent à l'hôpital, en salle commune. A Paris, l'Hôtel-Dieu dispose d'une salle de vingt-quatre lits que l'on peut occuper à partir du 8ème mois de la grossesse. Les femmes accouchent sous le regard des autres, dans des conditions d'intimité inexistantes.

 

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L'Hotel-Dieu

Avant l'accouchement, la matrone renifle l'haleine de la parturiente. Si elle est bonne, l'accouchement sera facile, alors que l'inverse indique que l'accouchement se fera avec difficulté. A l'époque, on considère qu'une femme battue accouche toujours difficilement. Un bain rempli de mauve, de camomille, de fenouil, de lin et d'orge détend la future mère. On lui fait boire de la poudre d'utérus de hase (femelle du lièvre) mélangée à du vin, car cet animal accouche très rapidement. On lui fait également une fumigation entre les jambes pour relaxer les chairs.

La femme accouche adossée à une assistante de la matrone, qui la soutient sous les bras, ou accroupie dans son lit ; ou bien sur une chaise obstétricale. Celle-ci avait déja été décrite au IIème siècle, mais son usage s'est généralisé à la fin du Moyen-âge. La matrone s'enduit les mains d'huile, puis entre ensuite sa main dans la femme pour aider à dilater son col. Si l'enfant se présente mal, elle le repousse et essaie de lui faire prendre la bonne position. On conseille aux femmes enceintes de retenir leur respiration puis de souffler, en association avec les contractions. Lorsque l'enfant sort, la matrone coupe le cordon à quatre doigts du nombril (pour les quatre saisons et les quatre âges de la vie). En cas de naissance de jumeaux, on place un fil sur le poignet du premier pour les différencier. Des jumeaux de sexe différents effrayaient les parents, et on prédisait une mort précoce à l'un des deux. Dans les chroniques familiales de la fin du moyen âge, la naissance occupe une place centrale. Leurs auteurs notent avec une extrême précision le jour et parfois l'heure (au quart d'heure près) des naissances de leurs enfants.

Elle doit faire sortir la secondine (le placenta) du corps de la mère avec les mains. Pour éviter que des démons ne viennent, la sage-femme enterre ou brûle la secondine, et on lui fait cadeau du cordon ombilical qui, séché et réduit en poudre, peut être vendu comme philtre d'amour. Si le périnée est déchiré, elle ramollit les chairs avec du beurre fondu puis fait trois ou quatre points de suture avec du fil de soie.

Immédiatement après l'accouchement, autour de la jeune mère on observe des femmes qui lavent le nouveau né dans une bassine, font chauffer les langes qui vont servir à l'emmailloter, habillent la jeune mère d'une chemise blanche et lui apportent un bouillon ou un verre de vin pour l'aider à retrouver ses forces. Exclu au moment de l'accouchement, le père retrouve parfois une place lorsqu'il s'agit d'effectuer les premiers soins de l'enfant.

Lorsque la jeune femme est en état de recevoir de la visite, la famille s'empresse de se rendre à son chevet, pour voir l'enfant, féliciter la mère, et lui offrir des cadeaux. A la fin du Moyen Âge, les mères offrent à leur fille robes, pains de noix, cuillères et coupes d'argent. A Florence, le cadeau traditionnel est le plateau d'accouchée (desco da parto), petit plat sur lequel sont peintes des scènes de naissance.

 

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Desco da parto, Masaccio , 1425-1428


 

Lundi 19 Décembre 2011 à 15h49 dans Accoucher au cours du Moyen-ÂgePoster un commentaire
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